Ils, elles sont passé(e)s par Saumur. Chronique de Gino Blandin : James Combier « Un républicain saumurois »

Cette rubrique bimensuelle, orchestrée par Gino Blandin, auteur saumurois et ancien président de la Société des Lettres de Saumur, se propose de brosser le portrait des personnalités qui, au fil du temps, sont venues à Saumur au cours de leur existence. Aujourd’hui, James Combier « Un républicain saumurois » (1842-1917).
James Combier (1842-1917) ©Archives municipales de Saumur

La famille Combier est originaire de Bourgogne. En 1834, elle s’installe à Saumur. Jean-Baptiste Combier ouvre alors une confiserie au n° 61 de la rue Saint-Jean. Dans son arrière-boutique, il élabore des liqueurs pour fourrer ses confiseries mais il s’aperçoit vite que ses clients préfèrent en réalité sa liqueur aux bonbons. En 1847, il cède sa boutique à l’un de ses ouvriers et se lance dans la distillerie. Au début, il fabrique l’élixir du docteur Raspail avant de l’appeler « l’élixir Combier ». C’est un grand succès commercial. Entre-temps, la famille s’est agrandie de trois enfants : deux filles et un fils, James.

Résolument de gauche, le père Combier vit très mal le régime dictatorial que Napoléon III met en place. La Police arrête toute personne qui profère des critiques à son égard. Jean-Baptiste Combier est arrêté plusieurs fois. En qualité de garçon de la famille, James est tout désigné pour être le successeur de son père. Ce dernier pense résolument que la vie et l’action sont plus formatrices que l’école. Ainsi le garçon quitte le lycée avant l’âge de 15 ans pour faire sa formation « sur le tas ». Il voyage beaucoup et se rend à l’étranger. En 1864, il devient franc-maçon.

Il entre sur la scène politique saumuroise à la faveur des élections législatives de 1869 en prêtant son concours à François Allain-Targé. Courageusement, ce dernier s’est présenté contre l’indétrônable Charles Louvet, maire de Saumur. Comme prévu, Louvet emporte largement le scrutin mais, catastrophe, il est battu à Saumur. François Allain-Targé obtient 60 % des suffrages exprimés ! Charles Louvet démissionne de son poste de maire. La ville de Saumur est devenue républicaine. Lors des élections municipales qui ont lieu l’année suivante, James Combier entre au conseil municipal.

Durant les 10 années suivantes, James va ronger son frein au sein de ce conseil. Il va se présenter aux élections législatives à deux reprises, mais sans succès, il fait peur aux ruraux. Cette époque connaît de grand bouleversements. Il y a d’abord la défaite de Sedan et la chute du Second Empire, suivie par l’insurrection de la Commune de Paris durant laquelle Thiers fait massacrer 20 000 personnes. A celui-ci succède le maréchal Mac Mahon qui entend bien rétablir « l’ordre moral ». Avec l’aide de l’église, il veut mettre en place une politique résolument cléricale. Une personne qui va alors incarner parfaitement ce mouvement, c’est monseigneur Emile Freppel, l’évêque d’Angers. Il va être le grand adversaire de James Combier. Ce prélat place la religion catholique au-dessus de tout, y compris des lois. Il entend renouer avec les traditions chrétiennes en prenant appui sur les cadres de la société. Il relance le pèlerinage des Ardilliers. Il s’avèrera également capable de réunir des fonds considérables pour concrétiser ses objectifs. Rappelons qu’il est le fondateur de l’Université catholique de l’Ouest à Angers et du collège Saint-Louis à Saumur.

En 1879, le président Mac-Mahon démissionne et les Républicains s’emparent du pouvoir. A la suite de tractations houleuses, James Combier est nommé maire le 2 mai 1879. A cette époque, les maires sont nommés par la préfecture. Aussitôt, le jour même de sa nomination, il prend un arrêté interdisant les processions religieuses à Saumur. A trois jours de la fête Dieu, on devine comment cette interdiction est reçue par les Catholiques ! Cette décision fait grand bruit car elle est l’une des toutes premières en France. Seul Marseille avait pris une telle mesure au mois d’avril précédent. James Combier devient l’homme à abattre pour Mgr Freppel.

Un événement va ranimer les querelles. Durant l’hiver qui suit la nomination de Combier, un froid sibérien frappe la région. La Loire gèle sur une forte épaisseur. D’énormes blocs de glace se mettent en mouvement. On tremble pour les ponts et toutes les infrastructures. Les autorités locales font appel à l’armée, au Génie, qui utilise quinze tonnes de dynamite pour briser la glace. Mgr Freppel émet l’idée qu’il s’agit là d’une condamnation divine à l’encontre de cette ville républicaine et de son maire.

A partir du moment où il est en poste, James Combier a les coudées franches pour mener les réformes qu’il souhaite. Pour commencer, il fait expulser les pères de Chavagnes qui avaient réinvesti, sans autorisation, le sanctuaire des Ardilliers dans le quartier de Fenêt. Il semble admis à cette époque par tous les Saumurois, républicains y compris, que l’enseignement des filles relève uniquement des congrégations religieuses. James Combier, lui, ne l’entend pas ainsi. Il demande au préfet que les sœurs soient remplacées par des laïques. Il obtient son accord et, à partir de 1880, des laïques remplacent les religieuses dans les écoles communales de Saumur. La même année, il fait enlever les crucifix dans les classes des écoles municipales.

Combier fait construire le Collège communal de jeunes filles sur le terrain du clos Louvet. Bien épaulé par les préfets, il laïcise l’enseignement féminin en l’espace de trois ans. En 1890, il fait construire la nouvelle école de filles de la rue Cendrière. James Combier mène une politique ouvertement anticlérical de 1879 à 1882. Pendant les dix années suivantes, il ne prend plus guère d’initiatives dans ce domaine. La droite relance l’affaire des processions mais Combier reste intraitable sur le sujet.

De façon surprenante, en 1885, James Combier démissionne de sa fonction de maire, en compagnie de ses adjoints. La cause n’est pas municipale. Il faut plutôt la chercher dans son nouvel échec aux élections législatives. Il a obtenu une nette majorité dans la ville de Saumur mais il a été battu dans le canton. Il annonce qu’il va quitter Saumur et s’installer à Paris. Il avait nourri de grandes ambitions, rêvant de se faire élire questeur de l’Assemblée nationale. Il s’est présenté quatre fois aux élections législatives en vain. Il comprend qu’il n’y arrivera jamais. Il ne sera jamais député, contrairement à son adversaire, Mgr Freppel qui est parvenu à se faire élire dans le Finistère. Il faut ajouter que Combier se fourvoie dans l’épisode insurrectionnel du général Boulanger. A cette occasion, ses associés et beaux-frères l’accusent d’avoir ponctionné de l’argent dans la caisse de la distillerie.

On connaît mal la fin de carrière de James Combier. En 1897, la famille Combier se fait construire une villa à Pornichet. L’année suivante, la distillerie est équipée de l’électricité. En 1899, elle assure son personnel contre les accidents du travail, ce qui est une première à Saumur. On peut penser que James Combier est derrière cette mesure. Il n’est pas étranger également au fait que les conditions de travail à la distillerie sont meilleures que dans les autres entreprises saumuroises. A cette époque, à une personne qui trouve que son emploi est trop éprouvant, une boutade consiste à dire « tu n’es pas chez Combier, ici ! »  Autre anecdote : les femmes de ménage doivent nettoyer les locaux de la distillerie le dimanche matin, ce qui les empêche de se rendre à la messe !

En 1901, la Société de l’Elixir Combier voit le jour avec Jules Cazal, beau-frère de James Combier comme directeur. L’année suivante, James démissionne de la loge la Persévérance et de son poste de censeur à la Banque de France d’Angers.

A partir de quelle date, James Combier se retire-t-il à Paris au n° 33, boulevard Malesherbes ? On peut penser que ce fut vers 1904, quand un conseil de famille, réuni dans le département de la Seine, limite ses pouvoirs financiers et l’écarte totalement de la gestion de la distillerie. Le 14 mai 1917, James Combier s’éteint à Paris à l’âge de 75 ans. Sa famille se venge de lui post-mortem. A Paris, elle lui offre des obsèques religieuses à la Madeleine ! Le 18 mai, dans un court article de La Petite Loire, on apprend que le corps de James Combier a été ramené à Saumur dans l’anonymat le plus complet. La première guerre mondiale bat son plein.  Pour achever l’indécence, la famille plante une croix sur le caveau familial dans le cimetière de Saumur. En 2005, la municipalité de Saumur a baptisé « James Combier » une impasse qui débouche rue Beaurepaire dans le centre-ville.

Bibliographie :
– BARDISA Marie et COUVREUX Christelle, La Distillerie Combier, Saumur, Itinéraires du patrimoine n° 193. avril 1999
– BLANDIN Gino, James Combier (1842-1917), in Bulletin de la Société des Lettres, Sciences et Arts du Saumurois, n° 165, pp 49-71, mars 2016
– BOUYSSI François, Notice historique de la Maison Combier, 15 octobre 1991 pour Verschave-Combier
– EMERIAU Isabelle, James Combier, un républicain saumurois (1842-1917), site Persée, in Annales de Bretagne et des pays de l’Ouest. Tome 99, numéro 4, 1992. Républiques & républicains d’Anjou, pp 469-478

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