Edgard Pisani est de ces hommes dont on se demande comment ils ont pu faire tout ce qu’ils ont fait en une seule vie. Il naît à Tunis le 9 octobre 1918. Il est le quatrième d’une famille de dix enfants. A l’âge de 20 ans, il débarque à Paris où il fait de brillantes études qui se terminent par un diplôme de l’Institut des Hautes Etudes de la Défense nationale. Promis à une carrière dans la haute administration, la seconde guerre mondiale vient perturber ses projets. Il rejoint la résistance à partir de 1943. Il participe à la libération de Paris. Dans le film Paris brûle-t-il ? son personnage est interprété par Michel Piccoli.
Directeur adjoint du cabinet du préfet de police au sortir de la guerre, il devient très vite directeur de cabinet du ministre de l’Intérieur. En 1946, on le nomme préfet de la Haute-Loire. Il devient ainsi le plus jeune préfet de France. L’année suivante, il est préfet de la Haute-Marne.
A partir de 1953, Edgard Pisani s’engage en politique. Il est élu sénateur de la Haute-Marne sous l’étiquette du Rassemblement des gauches républicaines de François Mitterrand. Il siège au Sénat jusqu’en 1961. Cette année-là, le général de Gaulle le nomme ministre de l’Agriculture dans le gouvernement de Michel Debré, poste qu’il gardera dans celui de Georges Pompidou. Il devient alors l’homme du « remembrement » qui bouscule et transforme de façon radicale le monde agricole français. Pour lui, les petites fermes traditionnelles n’ont aucun avenir, il faut les faire disparaître et les remplacer par des exploitations de grandes tailles. Parallèlement à cela, il booste l’enseignement agricole. Il envisage la création de centaines de collèges et lycées. Dans la réalité, et loin des bureaux ministériels, le « remembrement » est souvent très mal vécu. Lui-même confiera dans son livre Un vieil homme et la terre (2004) : « J’ai favorisé le développement d’une agriculture productiviste, ce fut la plus grosse bêtise de ma vie ».
En 1964, il devient Conseiller général de Maine-et-Loire et l’année suivante maire de Montreuil-Bellay. Il occupera cette fonction pendant dix ans. C’est durant ce mandat, qu’il lancera la construction du lycée professionnel.
Les différents gouvernements Pompidou verront Edgard Pisani à la tête de plusieurs ministères : celui de l’Equipement et du Logement, puis celui des Travaux publics et des Transports, enfin celui de la Construction. Il est l’un des instigateurs du projet de la tour Montparnasse et de la gare du même nom à Paris.
Député de Maine-et-Loire, il démissionne de l’Assemblée nationale en 1968. Il est alors nommé préfet en disponibilité spéciale. Cinq ans plus tard, il fait valoir ses droits à la retraite ; mais pour lui, cela ne signifie pas l’arrêt de ses activités.
En 1974, il adhère au Parti socialiste, plus proche de Michel Rocard que de François Mitterrand. Il est alors de retour à la chambre haute du parlement français en tant que sénateur socialiste de la Haute-Marne. Il est membre du Club de Rome.
Député à l’Assemblée parlementaire européenne, il participe à l’élaboration de nombreux traités internationaux. On peut le considérer comme le père de la loi d’orientation agricole. Sur le plan européen, il est également l’interlocuteur français pendant tout le démarrage de la Politique Agricole Commune. Laurent Fabius le nomme haut-commissaire de la République en Nouvelle-Calédonie en 1984. En pleine période d’affrontements entre les partisans et les opposants à l’indépendance de l’île, la fonction n’est pas de tout repos. Objet de toutes les critiques, Edgard Pisani quitte le territoire en laissant derrière lui nombre d’ordonnances qui assurent un équilibre précaire.
En 1988, on le retrouve président du conseil d’administration de l’Institut du monde arabe à Paris, mais les choses se passent mal et Jacques Chirac écourte son mandat. Il est nommé membre du Conseil Economique, Social et Environnemental (CESE), la troisième assemblée de la république.
Tout au long de sa vie politique, ce grand serviteur de l’Etat a fait preuve d’une grande indépendance. « Je ne me suis jamais renié », déclarera-t-il à la fin de sa vie.
Edgard Pisani s’éteint le 20 juin 2016 à l’âge de 97 ans. Il avait confessé dans l’un de ses ouvrages : « Plus j’y pense, plus j’ai conscience que, depuis mon entrée dans la vie publique, je n’ai eu qu’un rêve : être ministre de l’Éducation nationale. » Ses cendres reposent au cimetière de Cornillon en Ardèche.
L’Etablissement Public Local d’Enseignement et de Formation Professionnelle Agricole de Montreuil-Bellay porte son nom ainsi que ceux de Tulle en Corrèze et de Chaumont en Haute-Marne. En avril 2015, au lycée agricole de Valabre à Gardanne, s’est tenu un colloque rendant hommage à Edgard Pisani à l’origine de la création de cet établissement. Une plaque commémorative a été placée à son entrée. A Villeneuve d’Ascq, dans la banlieue de Lille, une station de métro porte le nom de Les Prés Edgard Pisani.
Edgard Pisani a été l’auteur d’une vingtaine de livres. Ayant épousé en secondes noces Fresnette Ferry, petite nièce de Jules Ferry, il s’est retrouvé propriétaire du château de Targé à Parnay, domaine viticole dans l’appellation Saumur-Champigny. Celui-ci est dorénavant géré par son petit-fils, Paul Pisani-Ferry.
Bibliographie :
– BOULET Michel, Edgard Pisani 1918-2016, site L’école des Paysans, 2021
– ROGER Patrick, Mort d’Edgard Pisani, résistant et ancien ministre de De Gaulle et de Mitterrand, Le Monde, 2016
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