« La guerre, c’est comme la chasse, sauf qu’à la guerre les lapins tirent ». Cette métaphore singulière et obscure est imputée à un emblématique personnage de notre Histoire. Une figure illustre à laquelle nos élus du moment, quelles que soient leurs orientations, se réfèrent sans détour. A l’unanimité donc, cette autorité bannie, rejetée et condamnée par la rue et les urnes, catalyse les oppositions dans un assortiment harmonieux, inaccoutumé et transcendant. L’homme d’honneur, le visionnaire a enfoui les controverses de sa présidence sous la magnitude d’une clairvoyance notoire et incontestable. Charles de Gaulle est tendance, cité à tout va dans l’expression commune de l’exigence d’indépendance stratégique de notre nation. En ce sens, le 7 mars 1966, le général quittait l’OTAN considérant dans un courrier adressé à Lyndon Johnson la nécessité pour la France de recouvrir l’entièreté de sa souveraineté territoriale. Puis, dès 1968, sous le nom de code Canopus, s’effectuait le premier essai d’une bombe à fusion thermonucléaire. La fameuse bombe H scellant la posture d’indépendance de notre dissuasion, selon le principe de suffisance en regard des dommages potentiels perpétrés en riposte à une agression. Fut-elle engagée par des puissances supérieures. Déjà, en juin 40, sur les ondes de la BBC, de Gaulle avait exhorté les Français à ne pas ployer sous le joug, de l’Allemagne nazie, en l’occurrence, il récidivait donc dans son obstination à s’extraire de la tutelle protectrice et hégémonique de la grande Amérique. Nul n’étant prophète en son pays, il fut renversé par les siens lors d’un referendum, en 1969. «Si je suis désavoué par une majorité d’entre vous (…) ma tâche actuelle de chef de l’Etat deviendra évidemment impossible, et je cesserai aussitôt d’exercer mes fonctions », avait-il averti.
OTAN, suspend ton vol
Dès le lendemain, il annonçait dignement et solennellement son départ. Aujourd’hui sa parole résonne sur le mur d’une actualité faisandée par les extravagances d’un maquignon et d’un faucon convergeant dans des complicités douteuses et opportunistes pour asservir l’Ukraine, l’Europe et, plus sournoisement, les démocraties. La prépondérance états-unienne au sein de l’OTAN valide plus que jamais ces inquiétudes fondées en un temps promis à la paix éternelle. « Les nations ont de plus en plus la conviction que leurs destinées sont liées, que leur salut et leur bien-être ne peuvent plus se fonder sur un nationalisme égoïste et agressif mais sur la mise en oeuvre progressive de la solidarité humaine » expliquait Robert Schuman, ministre français des Affaires étrangères, lors de l’adhésion de la France en avril 1949. Le nationalisme égoïste et agressif est de retour, revendiqué par un Trump en congés de tous droits et devoirs, en osmose parfaite avec son alter ego viriliste Poutine. L’OTAN se meurt. La sidération a envahi l’Europe engagée dans une marche forcée pour se réarmer politiquement et militairement, s’unir enfin pour garantir son avenir dans une bulle démocratique contrainte et contestée. Nul ne sait si l’idylle naissante entre les ennemis d’hier, USA et Russie, résistera aux soupçons et jalousies de leurs égocentriques régnants, mais la réponse de l’Union doit se construire sans fissure, sans faiblesse pour appréhender un monde toujours plus vulgaire où la force fait droit. Tristement, le chemin qui conduit vers la paix ne passe pas toujours par la dévotion et l’amour.
Georges Chabrier
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