Edito du Kiosque: « MORAL MACHINE »

Des scientifiques ont recensé les comportements d’internautes confrontés à des situations de conduites inattendues et délicates. Les voitures intelligentes et autonomes obéiraient, sans âme et conscience, aux choix dictés par des algorithmes. 
Photo AFP

Elles seront de plus en plus électriques, intelligentes et autonomes. Au rythme du stop and go nos voitures subissent inexorablement le toilettage sophistiqué de la contemporanéité imposé par des critères plus ou moins raisonnables et motivés. La planète ayant grand besoin de souffler, le moteur atmosphérique est condamné à court terme, ce dont il faut se réjouir, même si la transition révèle l’inéquité du challenge. Le prix de l’engagement écologique n’est pas le même pour tout le monde et nombre d’automobilistes vertueux sont d’ores et déjà cantonnés aux périphéries des grandes agglomérations, arrêts d’urgence des pollutions populaires. Leur tour viendra pour améliorer le chiffre stationnaire de ventes qui ne décollent pas vraiment. Côté français, Renault et Peugeot font bonne figure dans la gamme des constructeurs de véhicules électriques, éclipsés en un temps par l’emblématique Tesla de l’équivoque et inquiétant Musk. L’iconique figure de la conquête impériale américaine n’a plus la cote, en bourse et auprès d’acheteurs contrariés et irrités par ses accointances proclamées avec les extrêmes droites.

Le bon comportement

Lui et ses principaux concurrents, Waymo (Google) et Zoox (Amazon) ambitionnent de doter leurs carrioles d’intelligence artificielle pour les rendre parfaitement autonomes, confiées aux rênes d’un cocher apathique, inopérant en situation délicate, inattendue. En ce sens, depuis 2016 un groupe international de chercheurs a élaboré une plateforme, la « Moral Machine » pour proposer à des centaines de milliers d’internautes d’exprimer leurs attitudes face à des problèmes identifiés de conduite. Les informations ainsi recueillies alimenteraient alors la base de données offrant aux véhicules les capacités d’adopter le bon comportement. En toute éthique, bien entendu, décideraient-ils alors, d’écraser un enfant plutôt que 5 adultes, un impotent plutôt qu’un grand-parent … On peut, à dessein, imaginer la litanie des dilemmes et donc des choix, pour peu que des algorithmes aient été démoniaquement inspirés par des cultures, des intérêts, des intentions plus ou moins louables. Au volant de sa limousine, il filait donc dare-dare sur un trajet virtuel parfait. Son cerveau s’était endormi. Sans la sagesse utile, il déléguait ainsi à l’arbitraire le soin de télescoper ses intimes convictions. « Avec l’intelligence artificielle, on invoque le démon » alertait Musk en 2014. Il avait raison, mais, depuis, la « Moral Machine » l’a vraisemblablement acculé sur la mauvaise route.

Georges Chabrier

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