Dossier. Eau : polluants, prix, l’inquiétude monte dans les collectivités

Inquiétude sur la qualité, prix du mètre cube qui grimpe : une fédération de collectivités a alerté ce mardi 11 mars sur une gestion de l'eau de plus en plus délicate et s'est fait l'écho d'une demande d'information de plus en plus pressante du public.

« Est-ce qu’on peut encore boire l’eau du robinet ? » : la question revient de plus en plus, de la part des usagers, avec « la médiatisation depuis deux ans d’un certain nombre de sujets qui inquiètent sur la qualité de l’eau distribuée », note Régis Taisne, chef du département « cycle de l’eau » à la FNCCR, une fédération de collectivités qui représente, pour la gestion de l’eau, une population totale de plus de 51 millions d’habitants. Au cours des six derniers mois, près de 70% des communes ont constaté « une augmentation des sollicitations des habitants, concernant la qualité de l’eau potable« , selon les premiers résultats d’une enquête en cours de la fédération, présentés ce mardi à la presse. Elle se base à ce stade sur les réponses d’une centaine de collectivités qui comptent pour neuf millions de Français. Régis Taisne rappelle notamment les « grosses inquiétudes » en 2023 et 2024 sur un certain nombre de métabolites – composants issus de la dégradation – de pesticides et, plus récemment, la « médiatisation » des PFAS ou « polluants éternels », ces substances chimiques omniprésentes dans l’industrie, qui s’accumulent avec le temps dans l’air, le sol, l’eau, la nourriture et, in fine, dans le corps humain. « Les sujets de préoccupation, c’est principalement les craintes de risques sanitaires, évidemment, et une demande de transparence sur les résultats d’analyses des prélèvements ou d’explications techniques sur les polluants en question », a déclaré Sandrine Guirado, responsable de la communication à la FNCCR. Alors, peut-on avoir confiance dans l’eau du robinet ? « Oui« , assure Régis Taisne, qui précise notamment que si de nouveaux polluants à surveiller et à décontaminer émergent, « la collectivité sera tenue d’apporter une solution, au moins pour l’eau alimentaire« . « Maintenant, la question qui se pose, c’est jusqu’où on peut aller, y compris en matière de traitement ? Et qui paye ? », s’interroge Régis Taisne.

Le prix de l’eau monte dans une majorité de communes

D’autant que, selon une enquête de France Eau Publique, réseau qui regroupe au sein de la FNCCR, des opérateurs publics, chaque année depuis 2021, entre 70 et 85% de ses adhérents ont augmenté chaque année leurs tarifs. Modérée entre 2021 et 2022, avec une hausse médiane de 1,95%, la tendance s’est accentuée en 2023 (médiane à +6%) et 2024 (+5,1%). Si les opérateurs ont répercuté l’inflation post-Covid, cette tendance « est accentuée par les besoins » en matière de nouveaux traitements, selon Régis Taisne. Certains adhérents ont dû procéder selon lui ces dernières années à « des augmentations de plus de 20% », une tendance que la FNCCR craint de voir se poursuivre, en dépit de certaines avancées légales. La loi de restriction de production et de vente des « polluants éternels » que vient de voter la France, prévoit ainsi le paiement d’une redevance par les industriels dont les usines rejettent des PFAS, selon le principe pollueur-payeur, un signal « important dans la symbolique », pour Régis Taisne. Mais cette redevance, dont le tarif est fixé à 100 euros pour cent grammes, est « marginale », en regard de ce que coûte la dépollution, estime-t-il. En outre, cette mesure, comme d’autres, concerne les rejets d’aujourd’hui, mais « ne règle pas » le financement de la décontamination « de toutes les pollutions historiques, c’est-à-dire de tout le stock de ces polluants qui se sont accumulés dans les eaux souterraines, et dans les sédiments et dans les sols« , et qui vont, du fait de leur persistance, continuer à se retrouver dans les eaux. « On est loin du compte« , conclut-il.

Avec AFP

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